Projet de loi El Khomri

« Nous voulons faire du texte une loi contre le chômage de masse »

Le Président du groupe les Républicains Bruno RETAILLEAU défend la position de la droite concernant le projet de loi El Khomri, discuté en séance publique au Sénat à partir de lundi.

LE FIGARO.- Que répondez-vous à ceux qui estiment que la majorité sénatoriale prend le risque de faire capoter une loi El Khomri qui contient des avancées ?

Bruno RETAILLEAU - Il ne faut pas tomber dans le piège que nous tend la gauche. Dans ce texte, il n’y a plus rien. Il ne concerne que 4 % des entreprises. D’ailleurs, nous avons l’intention de conforter les points positifs. Le vrai risque pour la majorité sénatoriale serait de rentrer à la niche après les admonestations de la gauche, comme nous l’avons vu avec Manuel Valls et Jean-Christophe Cambadélis, mercredi soir (le PS a organisé un meeting à Paris pour défendre la loi contre « les régressions » de la droite sénatoriale, NDLR). Nous ne pouvons pas abdiquer toute volonté réformatrice. Au moment où nous allons entrer dans un cycle présidentiel, si la droite et le centre au Sénat n’étaient pas capables d’assumer une réforme et leurs convictions, ils prendraient le risque d’envoyer un très mauvais signal. Ce serait une décrédibilisation de tous nos candidats à la primaire.

Quel est l’esprit des corrections que vous apportez à ce texte ?

Nous avons une conception différente du droit du travail. La gauche, dans son surmoi marxiste, pense encore que l’entreprise est une tension entre les salariés et le chef d’entreprise. Nous, nous pensons que l’entreprise est une communauté humaine qui partage un projet et défend les mêmes intérêts. Les réformes que nous allons inscrire (sortie des 35 heures, participation, barème prud’homal, clause de retour à meilleure fortune...) ne sont pas contre les salariés mais contre le chômage. Nous voulons en faire une loi contre le chômage de masse.

Des chefs d’entreprise pensent que c’est une occasion d’amorcer l’inversion de la hiérarchie des normes...

C’est un point que nous conforterons de toute façon. Mais si la droite sénatoriale avait repris le texte issu du 49-3, cela aurait été terrible pour nous. Cela aurait signifié qu’il n’y a aucune différence entre la gauche et la droite, alors que tous les candidats à la primaire proclament leur volonté de réformer. Il est impossible, pour nos convictions, de laisser croire que lorsque la droite et le centre sont en position majoritaire, ils font comme la gauche. Nous pouvons aider le gouvernement à mieux faire. Il peut même garder certains points dans le périmètre du texte qu’il retiendra en cas de recours au 49-3 en deuxième lecture à l’Assemblée nationale. Je peux vous dire que le cabinet de Myriam El Khomri a admis que certains éléments pourraient être intégrés.

On sait que l’Assemblée nationale aura le dernier mot. Comment pouvez-vous imaginer qu’elle accepte de retenir vos corrections ?

Ils ne les accepteront pas en totalité, mais ils peuvent parfaitement le faire sur certains points comme la participation ou le forfait jours pour les PME, qui font consensus. D’autres éléments concrets comme les seuils sociaux, l’apprentissage ou le rescrit social me semblent acceptables. Le Sénat va essayer d’inciter le premier ministre à faire un peu plus. Si ce n’est pas la version 1 du projet de loi, que ce soit la version 1 bis.

Parmi les critiques, les plus politiques se demandent pourquoi vous ne profitez pas de l’occasion pour mettre Manuel Valls dans une situation intenable. Votre avis ?

Soit on fait de la politique politicienne, soit on essaye de légiférer avec un souci d’intérêt général. Nous avons choisi la deuxième position. Nous essayons de bâtir une arme contre le chômage de masse endémique. Depuis trente ans, la France s’y enfonce. Il est de notre responsabilité de défendre ce projet avec une conception de l’entreprise radicalement différente. Par exemple, ce texte est un déni total de l’apprentissage puisqu’on y propose un assistanat pour le jeune avec une sorte de RSA généralisé. Nous, nous défendons l’apprentissage, car les jeunes ne veulent pas être réduits à une situation de dépendance. Ils veulent qu’on leur mette le pied à l’étrier. Nous ne pouvons pas donner notre caution sénatoriale à une « non-réforme » ou à une « réforme à l’envers » , comme l’a très bien dit François Fillon.

Gérard Larcher, président du Sénat, a achevé jeudi un cycle de rencontres avec les organisations syndicales et patronales. Qu’en a-t-il retenu ?

Gérard Larcher est un amoureux du dialogue social. Il en a fait une loi de modernisation. Il est très positif de vouloir expliquer à ces organisations le travail du Sénat.