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 Les ardoises du « socialisme gestionnaire »….

 

par Daniel Houlle Professeur de collège en retraite, en Français et Histoire-Géographie. Militant de l’UDF dès sa fondation en 1977, a présidé le Parti Républicain en Maine-et-Loire jusqu’en 1986. Cadre départemental de l’UDF, puis du PPDF, a participé à la création de l’UMP en 2002 dont il devient Secrétaire Départemental…………………

 

De bons gestionnaires, ah oui !

Dieu sait qu’on nous avait rebattu les oreilles avec les « bons résultats » obtenus par les socialistes au pouvoir dans les mairies, les Conseils départementaux et régionaux. Les politologues tels Roland Cayrol, nous expliquaient doctement que les collectivités locales tenues par le PS étaient bien gérées, et que les Français en étaient globalement satisfaits, ce qui expliquait la difficulté de la droite à les battre au moment des élections.

C’est curieux comme la réalité découverte est bien différente. Mais pour la connaitre, il faut pouvoir reprendre les manettes. Bruno Retailleau avait souligné dans sa campagne régionale des Pays de la Loire, les excès de l’équipe socialiste au pouvoir : une dette multipliée par trois en dix ans, l’augmentation du budget de fonctionnement par l’embauche de personnels et des dépenses de com’ démesurées, et les taxes au maximum de ce qui pouvait être perçu.

Il était bien loin de la réalité qu’il va découvrir en prenant ses fonctions. Ainsi, même une région que l’IFRAP  d’Agnès Verdier Molinier citait pourtant en exemple, n’a pas échappé aux tares du « socialisme gestionnaire ». Alors, qu’il s’agisse de mairies, de départements ou de régions, on trouve « curieusement » les mêmes constantes : un terrain miné que les nouvelles équipes doivent assainir avant même de penser à mettre en œuvre leur propre projet. Et la réalité découverte, dépasse souvent la fiction !

Faire l’inventaire de toutes les dérives constatées dans les régions passées à droite exigerait d’écrire un livre. On se contentera ici de quelques exemples suffisamment emblématiques pour illustrer des pratiques souvent improbables.

  • La dissimulation.

C’est fou ce qu’on peut trouver comme factures oubliées, non payées, dans les tiroirs, surtout quand il s’agit du budget d’une année électorale. En Poitou-Charentes, l’ardoise des impayés atteint 132 millions d’euros ! Mais aussi des « sous-budgétisations » multiples,  procédé qui consiste à ne pas inscrire toutes les dépenses  prévues dans le budget.

Sans la fusion avec l’Aquitaine et le Limousin, la Région de Ségolène Royal aurait été en faillite. Ceci explique certainement le pourquoi de ce regroupement que rien ne justifiait : une manière de diluer une réalité devenue trop dangereuse. En Ile-de-France, la technique des « gels budgétaires », permet de voter des budgets fictifs puisque les dépenses affichées lors du vote sont gelées dès le lendemain, permettant à l’exécutif  de débloquer seulement une partie des crédits, c’est l’artifice inverse de la sous-budgétisation. Il peut justifier des hausses de taxes ou le recours à l’emprunt. Ainsi en 2015, 777 millions d’euros ont subi cette procédure.

L’affichage budgétaire cache la réalité d’une région qui s’endettait et ne pouvait plus investir. En Pays de la Loire c’est une dette cachée de 479 millions d’euros qui permet d’enjoliver la réalité budgétaire : ainsi 392 millions d’euros d’autorisations de programmes pour les lycées (construction, restauration) non budgétés. A cette somme il convient d’ajouter 1,7 milliard de « reste à payer ». Ces caractéristiques rejoignent les constats faits par Christophe Béchu à son arrivée dans le fauteuil de maire d’Angers et de bien d’autres.

  • La gabegie et le clientélisme.

La folie dépensière fait partie aussi des dérives presque constantes : train de vie avec des voitures de fonction par centaines (142 en PACA, 154 en Rhône-Alpes…), voyages aux frais de la princesse, frais de représentation généreux.

Par exemple, une délégation de six élus et de 17 agents d’Ile de France s’est rendue au festival de Cannes pour une dépense de 258 000 euros, transport et hébergement compris. Chez Wauquiez, c’est une facture de 1 million d’euros pour des notes de … taxis (Agnès Saal a des émules). Mais là où le bât blesse le plus, c’est l’envolée des dépenses de fonctionnement dans toutes les régions auditées par Ersnt et Young.

En premier lieu à cause des dépenses de personnel qui explosent partout depuis 2010 : + 7,8% d’agents en plus en Ile de France pour 16% de masse salariale supplémentaire, 215 millions d’euros en plus sur 5 ans en Rhône-Alpes, … L’autre versant de la gabegie, c’est le subventionnement des associations.

La palme revient à la région Ile de France : 461 millions d’euros versés la plupart du temps sans vérification ni suivi et 80% des bénéficiaires de ces largesses perçoivent moins de 100 000 euros. Du saupoudrage électoraliste dont l’efficacité est nulle pour le denier public.

Poitou-Charentes n’est pas en reste puisque la région intervenait sur tout, même en dehors de son champ de compétence. On a encore en mémoire les dizaines de millions engloutis dans le véhicule électrique, en pure perte puisque l’entreprise a fait faillite.

Dans les lignes du budget de Rhône-Alpes Auvergne, on trouve une subvention de 1 million d’euros à des collectivités sénégalaises (!!) et 3,5 millions d’euros pour financer des projets artistiques à l’étranger dont une exposition à New-York à 2 millions d’euros pour 2 000 visiteurs. Et puis il y a les dépenses de « prestige » : PACA a sa « Villa Méditerranée » à 70 millions d’euros et qui émarge à 5 millions d’euros  de fonctionnement par an ; Pays de la Loire avait ses « antennes départementales », y compris à Nantes,  au coût exorbitant pour un passage de 5 à 6 personnes/ jour ; Rhône-Alpes se distingue encore avec l’affaire du « pavillon de Shangaï », vitrine de luxe pour l’expo de 2009 qui a coûté 19 millions d’euros et qui appartient à la municipalité de Shangaï à laquelle il a fallu ensuite payer un loyer (!!) : 40 millions d’euros depuis 2010 pour le contribuable rhônalpin, et n’oublions pas le « palais Queyranne », nouvel hôtel de Région à 180 millions… En Ile de France, Valérie Pécresse se bat pour obliger l’Etat à participer au financement du « Pass navigo unique » dont la perte de recette estimée à 275 millions d’euros par an n’a pas été compensée et n’est pas soutenable par le budget régional.

  • Le recours à la fiscalité et à l’endettement.

Excepté Poitou-Charentes, les régions ont toutes eut recours à la fiscalité en mettant au taquet maximum les recettes qu’elles pouvaient prélever, sur les cartes grises et les carburants. Comme cela ne suffisait pas, il a fallu trouver d’autres recettes : toute se sont donc endettées au-delà du raisonnable.

Les marges de manoeuvre budgétaires pour l’investissement étant réduites par des dépenses de fonctionnement en croissance exponentielle, il fallait bien trouver des moyens de financement, au lieu de tailler dans les dépenses. En Ile de France, entre 2010 et 2015, l’épargne de gestion a diminué de 20% tandis que les dépenses d’investissement progressaient de 3,22% seulement, tandis que la dette progressait de 53% ce qui fait d’elle l’une des régions les plus endettées, juste après nord Pas de Calais et PACA. Pour Pays de la Loire le stock de la dette a crû de 55% (355 euros/hab), dont une grande partie dans les deux dernières années.

En Rhône-Alpes, le taux d’endettement a été multiplié par quatre depuis 2003. Ces constantes, on les retrouve malheureusement dans la politique nationale : matraquage fiscale et endettement. La conjoncture libère des marges inattendues, en raison notamment des taux d’intérêts très bas liés à l’abondance de liquidités générée par la BCE, et aussitôt elles sont dépensées au lieu d’être affectées à la réduction de la dette ou des déficits ce qui revient  au même. Il y a bien une addiction socialiste à la dépense, même quand elle n’est pas couverte par des recettes équivalentes.

Les économies sont pourtant possibles.

Les nouveaux exécutifs régionaux se sont aussitôt attelés à la tâche pour réaliser les coupes budgétaires partout où elles sont possibles : 40 millions d’économies en deux ans ont été trouvées par Bruno Retailleau, Christian Estrosi  a supprimé 30% des véhicules de fonction tout comme Laurent Wauquiez qui en a revendu 50, et qui a réussi à baisser de 75 millions  les dépenses de fonctionnement… Quant à Valérie Pécresse elle a mis en chantier tout un faisceau de nouvelles pratiques : outils de contrôles, respect des procédures, pour aboutir à une gestion maitrisée. Mais on n’infléchit pas comme on veut une situation.

La continuité républicaine impose de tenir les engagements pris par les anciennes majorités. Il faudra bien un mandat pour redresser les finances des régions les plus sinistrées.

Je souhaite bien du plaisir au prochain exécutif en espérant qu’il soit de droite : il y a tout lieu de penser que la situation qu’il trouvera se sera encore plus dégradée et que tout n’est pas au jour.

Merci la Gauche !